Vie de Saint Ignace Briantchaninov
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Futur saint Ignace / Ignatius (Dimitri Alexandrovitch Briantchaninov dans le monde) naquit le 5 février 1807 au village de Pokrovskoïé, dans le district de Griazovets (gouvernorat de Vologda), au sein d’une pieuse famille de la noblesse de l'Empire Russe.
Les parents du futur saint, Alexandre Semionovitch et Sophie Athanassievna, alliaient l’attachement à la sainte tradition russe à l’intelligence et l’érudition de l'époque. Le père fit bâtir dans le village une église dont il était le paroissien. La mère se consacra à l’éducation des enfants, dont Dimitri était l’aîné. C’est en famille qu’il reçut les rudiments d’une excellente éducation.
Dès sa jeunesse, Dimitri se distingua par son amour de la solitude, de la prière et des lectures spirituelles. Son livre favori était alors « L’École de la piété », qui relate la vie des anciens ascètes.
À l’âge de quinze ans, son père l’emmena à Saint-Pétersbourg pour poursuivre ses études à l’École supérieure d’ingénierie militaire. C’est durant le voyage que Dimitri exprima pour la première fois à son père son désir de devenir moine, mais celui-ci n’accorda alors aucune importance aux paroles de son fils.
À l’école, Dimitri fut l’un des meilleurs élèves ; il se distinguait par sa dévotion et jouissait de l’estime tant de ses camarades que de ses professeurs.
C'est durant ces années que Dimitri Alexandrovitch commença à manifester ses talents littéraires, d'abord dans le domaine de la poésie. Il se produisait souvent lors de soirées littéraires chez son parent A. N. Olenine, président de l’Académie des Beaux-Arts. Son don poétique fut alors remarqué par les plus grands poètes russes : A. S. Pouchkine, K. N. Batiouchkov et I. A. Krylov.
Toutefois, il était pénible pour ce jeune amoureux de la vie monastique d’évoluer perpétuellement dans une atmosphère mondaine. Son réconfort venait de la fréquentation des moines du métochion (la dépendance) de Valaam et de la Laure de Saint-Alexandre-Nievsky. Sous cette direction monastique, le futur saint entreprit une étude approfondie des écrits des Pères de l'Église, étude qu’il poursuivra toute sa vie.
À la fin de ses études d’ingénieur, son désir de « choisir la meilleure part » (cf. Luc 10:42) — devenir moine — se cristallisa définitivement. Mais il n’était pas aisé pour un jeune homme de la haute société de l’époque de réaliser un tel souhait. Ses parents furent contre. Ses supérieurs rejetèrent sa demande de démission. Enfin, l’Empereur Nicolas Ier lui-même s’opposa au départ de ce jeune noble du service de l’État.
Dimitri fut envoyé en service à la forteresse de Dunabourg (actuellement : ville de Daugavpils en Lettonie). Il y tomba bientôt malade et, à l’automne 1827, sa demande de démission pour raisons de santé fut enfin acceptée.
Aussitôt, Dimitri se rendit au monastère de Saint-Alexandre-de-Svir où il fut admis comme novice. Il se plaça sous la direction du starets Léonide (qui devait plus tard briller au monastère d’Optina). Le père Léonide était le disciple du starets Théodore, lui-même disciple de saint Païssy Velitchkovsky. En suivant le starets Léonide, le novice Dimitri passa d’abord au monastère de Plochtchane, puis à Optina.
Cependant, il ne lui était pas destiné de rester à Optina. Il retourna brièvement chez ses parents auprès de sa mère mourante, puis se retira au monastère de Kirillo-Novoïezersky auprès du célèbre starets Théophane. Malade à cause du climat humide, il partit pour Vologda. Une fois rétabli, il mena la vie ascétique au désert de Semigorod, puis au monastère de Dionissievo-Glouchitsky.
En 1831, l’évêque Stéphane de Vologda exauça le vœu de Dimitri et, le 28 juin, lui donna la tonsure monastique dans la cathédrale de la Résurrection sous le nom d'Ignace (prononcé en russe comme Ighnati), en l’honneur du saint hiéromartyr Ignatius le Théophore († 107).
Le 4 juillet 1831, le moine Ignace fut ordonné hiérodiacre, et le 25 juillet, hiéromoine. Il fut nommé supérieur du monastère de Lopotov. Bientôt, la renommée du jeune supérieur atteignit Saint-Pétersbourg.
En 1833, il fut appelé à la capitale et se vit confier la direction de l’Ermitage de la Trinité-Saint-Serge, près de Saint-Pétersbourg. À vingt-six ans, l’archimandrite Ignace entreprit activement l’organisation de la vie de cet ermitage. Il veilla avant tout à la vie spirituelle des moines, organisant de fréquents entretiens édifiants, recevant la confession des pensées et enseignant la pratique de la prière de Jésus. L’accomplissement de telles responsabilités spirituelles à un si jeune âge ne s'explique que par une aide Divine manifeste.
Parallèlement, il assura l'embellissement matériel du monastère. Des compositeurs célèbres comme P. Tourtchaninov, A. Lvov et M. Glinka participèrent à la formation du chœur et du répertoire de l'ermitage.
En 1838, l’archimandrite Ignace fut nommé doyen de tous les monastères du diocèse de Saint-Pétersbourg. Il joua un rôle essentiel dans la vie de l'ancien monastère de Valaam, auquel il consacra l'un de ses récits inspirés.
En octobre 1847, attiré par la solitude et simplicité, il demanda à se retirer, mais sa demande fut refusée.
En 1857, il fut élevé à la dignité d'évêque de Stavropol, diocèse du Caucase et des bords de la Mer Noire. Il exerça son ministère épiscopal pendant quatre années difficiles dans le Caucase. Il œuvra énormément à l’organisation de ce jeune diocèse, à la paix du clergé et à l’affermissement de la foi orthodoxe chez la population locale. Cependant, la maladie, sa compagne de toujours, le rattrapa. À l'été 1861, il demanda à nouveau sa retraite, et cette fois-ci, le Saint-Synode accepta.
Il passa les dernières années de sa vie au monastère Nikolo-Babaïevsky (diocèse de Kostroma). À son arrivée, le monastère était dans un état lamentable : dettes, pénurie de nourriture, bâtiments délabrés, etc. Avec l'aide de Dieu, Mgr Ignace réussit à insuffler une vie nouvelle à cette communauté moribonde. Il y fit notamment construire l’église dédié à l'icône de la Sainte Mère de Dieu d’Iveron. Malgré ses travaux extérieurs, il n'oubliait pas l'œuvre intérieure pour laquelle il s'était retiré.
Il vécut près de six ans dans ce monastère. Le 16 avril 1867, jour de Pâques, il célébra sa dernière liturgie.
Le 30 avril 1867, dimanche des Femmes-Myrophores, il s’endormit dans le Seigneur. Environ cinq mille personnes assistèrent aux offices funéraires et à ses obsèques. Le saint évêque a été enterré dans ce même monastère de Nikolo-Babaïevo.
Après sa mort, des miracles et des signes témoignèrent de sa sainteté.
Toute sa vie, l’évêque Ignace mena un combat caché : extérieurement, il restait une figure publique dévouée à l'Église, mais intérieurement, il demeurait un ascète solitaire, pratiquant la prière perpétuelle. Il chercha à bâtir sa vie non pas selon l’esprit du temps, mais selon les préceptes des Saints Pères de l'Église Orthodoxe.
L'Église l'honore non seulement comme un ascète, mais comme un Docteur de l'Église. Son enseignement s'est diffusé à travers ses nombreux écrits spirituels. Ses œuvres comprennent huit volumes :
Les deux premiers : Essais ascétiques (articles sur l’ascèse et la prière du cœur).
Tome 3 : Discours sur la mort
Tome 4 : Homélies ascétiques.
Tome 5 : Offrande au monachisme contemporain.
Tome 6 : Lettres.
Et l'Otietchnik (recueil de sentences des Pères du désert).
La plupart de ses écrits ont un caractère moral et ascétique. Leur valeur réside dans le fait qu'ils adaptent la doctrine patristique à l'époque moderne. Il y expose l'enseignement sur la repentance (la métanoïa) comme une renaissance spirituelle totale, reposant sur la prière incessante, le rejet des pensées coupables et la patience humble dans les épreuves.
De plus, dans ses œuvres, et surtout dans son héritage épistolaire, saint Ignace parle honnêtement des maux qui frappent la société de son époque ; ses réflexions à ce sujet restent d’actualité aujourd’hui encore. Prenons à ce propos une citation éloquente.
Saint Ignace écrit : « Il est évident que le christianisme, ce don spirituel mystérieux aux hommes, s’éloigne insensiblement, pour ceux qui ne prêtent pas attention à leur propre salut, d’une société humaine qui a négligé ce don. Il faut le voir pour ne pas être trompé par les acteurs de la piété ; ayant vu, il faut détourner le regard du spectacle triste afin de ne pas tomber dans le péché de condamnation des prochains, il faut tourner les regards vers soi-même, prendre soin de son propre salut. ».
Ses écrits sont réputés pour la beauté de leur langue, leur logique et leur clarté. Il a su intégrer la contemplation de la nature dans sa recherche de Dieu. Grâce à son érudition scientifique et sa discipline militaire, il a renouvelé la littérature ecclésiastique russe, exprimant la sagesse ancienne de manière vivante et inspirée.
Sous le régime soviétique, ses œuvres ne furent pas rééditées en Russie, mais les fidèles les recopiaient à la main. À l'étranger, le monastère de la Sainte-Trinité à Jordanville (USA) assura leur réédition.
Il fut canonisé en Russie en 1988. Ses reliques reposent aujourd'hui au monastère de femmes de Tolga, sur la Volga. En 2000, l’Église Orthodoxe Russe Hors-Frontières l’a également canonisé.
La mémoire du saint Ignace est célébrée le jour de son bienheureux trépas : le 30 avril (selon le calendrier ecclésiastique) = 13 mai (selon le calendrier civil).