Icône de saint Moïse d'Optino, fondateur du skit d'Optino

Saint Moïse d'Optino

Chaque année, l'Église commémore le départ vers le Seigneur de l'un des plus grands piliers du monachisme russe : le saint starets Moïse d'Optino (1782–1862).

Si le monastère d’Optino (Optino est parfois transcrit « Optina ») est devenu au XIXe siècle ce phare spirituel incontournable de la sainte Russie, attirant aussi bien les foules de paysans que les plus grands écrivains comme Théodore Dostoïevski ou Nicolas Gogol, et un théologien laïc - Alexis Khomyakov, c'est avant tout grâce à l'œuvre monumentale, spirituelle et matérielle, de saint Moïse. 

À travers cet article, plongeons dans la vie de cet homme dont le cœur battait au rythme des commandements divins à tel point qu'il est glorifié parmi les saints, et fêté le 16 (29) juin.

Saint Moïse d'Optino — repères

- Nom de naissance : Timofeï Ivanovitch Poutilov
- Né le 15 janvier 1782, à Borisogliebsk (province de Yaroslavle, Empire Russe)
- Mort le 16 (29) juin 1862, au monastère d'Optino
- Fêté le 16 juin (calendrier ecclésiastique) = 29 juin (calendrier civil)
- Connu pour : fondateur du skit d'Optino, restaurateur du monachisme russe au XIXᵉ siècle, instaurateur de la tradition du *starchestvo* (la guidance spirituelle)

Une famille sainte : L'enfance de Timothée (Timofeï)

Une mère miséricordieuse et un trésor spirituel

Futur saint Moïse naquit le 15 janvier 1782 à Borisogliebsk, dans la province de Yaroslavle, sous le nom de Timofeï. Il était le troisième des dix enfants d’une grande famille de marchands.

Sa mère, Anna Ivanovna, était une femme profondément pieuse, humble et pleine de compassion pour les pauvres. Dès l’âge de sept ans, elle assistait presque quotidiennement à la liturgie dans un monastère où vivait son propre grand-père, qui y était hiérodiacre. Chaque fois qu’elle lui apportait une petite attention, le vieil ascète lui parlait d’un précieux « trésor ». Intriguée par l'absence de coffre dans sa modeste cellule, la petite fille lui demanda un jour : « Où est donc ce trésor ? ». Le vieillard lui répondit alors que ce trésor reposait sous le saint Autel de Dieu. Cette leçon sur les richesses célestes marqua à jamais la lignée des Poutilov.

Un père rigoureux et une fratrie d'abbés

Le père, Ivan Grigorievitch Poutilov, était lui aussi un homme de prière. Il chantait au chœur, respectait rigoureusement les jeûnes et passait son temps libre à lire les Saintes Écritures, l'histoire de l'Église et la vie des saints. Soucieux de préserver ses enfants des mauvaises influences du monde, il refusa de les envoyer à l'école publique. C’est lui-même qui leur enseigna la grammaire, la lecture et l'écriture dans une atmosphère presque monastique.

Les fruits de cette éducation furent prodigieux. Plus tard, sur leur monument funéraire en marbre près de l'église de Tous-les-Saints, on fit graver cette inscription unique : « Les enfants de Poutilov : Moïse, abbé du monastère d'Optino ; Isaïe, abbé du monastère de Sarov ; Antoine, abbé du monastère Saint-Nicolas de Maloyaroslavets ».

Trois fils d'une même fratrie devinrent ainsi de grands guides spirituels pour la Russie.

Les premières étapes du renoncement : De Moscou à Sarov

Rencontres déterminantes à Moscou

À l'âge de dix-huit ans, Timofeï fut envoyé à Moscou avec son frère Iona (le futur abbé Isaïe) pour travailler dans le commerce. C'est dans la grande cité qu’ils firent des rencontres spirituelles décisives, notamment auprès de la vieille moniale Dossithéa (que la tradition identifie comme la célèbre princesse Tarakanova) et des anciens du monastère Novospassky, Alexandre et Philarète. Ces derniers étaient en communion spirituelle directe avec l'entourage du grand saint Païssy Velitchkovsky.

Dès lors, le désir d'embrasser la vie monastique devint inébranlable chez les deux frères. Leur sœur aînée, Anissia, qui rêvait elle aussi du couvent, avait dû se marier par obéissance à son père avant de mourir prématurément. Lorsque son veuf décida de se retirer au monastère de Sarov, Timofeï et Iona comprirent que le moment était venu. Craignant le refus de leur père, ils partirent secrètement pour Sarov, lui laissant une lettre pour lui annoncer qu'ils quittaient leurs fonctions séculières pour « servir un Autre Maître ».

L'école de Sarov et les grands mystiques

À Sarov, les frères découvrirent un jardin de sainteté. C’est là que vivait déjà, depuis trente-sept ans, un certain moine nommé Séraphim de Sarov. Ils y côtoyèrent aussi l'ermite Marc, qui pratiquait la folie en Christ, et l'abbé Nazaire, le restaurateur du monastère de Valaâm.

Pendant trois ans, Timofeï apprit l'obéissance la plus stricte, travaillant d'abord à la boulangerie du monastère, puis s'occupant avec dévouement du constructeur malade, le père Isaïe. Si son frère Iona choisit de rester à Sarov (dont il devint plus tard l'abbé), Timofeï, en quête d'une solitude encore plus profonde, devint novice au monastère de la Dormition de Svensk, dans le diocèse d'Orel.

L'école du désert : Sviensk et les forêts de Roslavle

La tonsure sous le signe de l'hospitalité

Timofeï passa dix ans au monastère de Sviensk. C’est là qu'il fut tonsuré moine par le starets Athanase, un disciple direct de saint Païssy Velitchkovsky. Il reçut le nom de Moïse, en l'honneur de saint Moïse le Noir (ou "le Mourine"). Ce nom ne fut pas choisi au hasard : il lui fut donné en raison de sa ressemblance d'attitude avec ce saint dans l'exercice de l'hospitalité et de l'amour des pèlerins, une vertu qu’il avait héritée de sa mère. L'histoire de Moïse le Noir, qui avait enfreint la règle humaine du jeûne du skit pour nourrir des voyageurs affamés, rappelait que l'amour du prochain prime toujours sur les ordonnances des hommes.

L'ascèse radicale dans les forêts de Roslavle

Par la suite, le moine Moïse s’enfonça dans les forêts denses de Roslavle aux côtés d'autres ermites venus de Moldavie, disciples de Païssy Velitchkovsky. Leur but était de transplanter sur le sol russe le trésor de la prière intérieure et continuelle, appelée « prière du cœur » ou « prière intelligente » (oumnaïa molitva).

La vie y était extrêmement rude. Ils célébraient quotidiennement l’intégralité des offices ecclésiastiques. Pour subsister, ils cultivaient un potager qui ne produisait que des navets, et cueillaient des baies et des champignons pour leurs bienfaiteurs, qui leur envoyaient parfois un peu de pain ou d'huile. Le manque de nourriture était fréquent. Au milieu de cette pauvreté, le père Moïse passait des heures debout, par pure révérence, à recopier les textes des Saints Pères en écriture semi-onciale.

Les dangers étaient constants : les loups hurlaient tout l'hiver autour de leurs cabanes, les ours pillaient le potager, les brigands attaquaient et la police locale se montrait parfois tatillonne. Plus effroyables encore étaient les tempêtes qui déracinaient des arbres centenaires ; l'un d'eux manqua d'ailleurs d'écraser la cellule du père Moïse.

En 1816, son jeune frère Alexandre (le futur saint Antoine) le rejoignit dans cette vie d'ermite.

C’est dans ce désert que le père Moïse acquit sa stature spirituelle, faite de silence, de vigilance et d'amour sacrificiel. Dans son journal de l'époque, on peut lire cette note qui révèle toute la profondeur de son âme :

« Une compréhension a jailli dans mon esprit concernant les frères qui vivent avec moi : prendre sur moi leurs fautes, qu'elles soient visibles par moi ou confessées par eux, et m'en repentir comme s'il s'agissait des miennes propres, afin de ne pas les juger sévèrement et de ne jamais m'enflammer de colère. Que les erreurs, les fautes et les péchés de mes frères soient les miens. »

La fondation du Skit d'Optino : Le sommet du ministère

L'appel de l'évêque Philarète (Amphiteatrov, 1779 - 1857)

En 1820, alors qu'il avait trente-huit ans, le père Moïse visita le monastère d'Optino et fut présenté à l'évêque Philarète de Kalouga. Ce prélat, amoureux de la vie monastique, remarqua la paix du père Moïse. La forêt sauvage entourant Optino lui donna l'idée d'y établir un Skit (un ermitage avec une règle plus stricte). Il invita le père Moïse, son frère Antoine et deux autres moines à s’y installer.

Avec d’infinis efforts, les nouveaux arrivants durent défricher la forêt séculaire, abattre les arbres et arracher les souches pour bâtir une église dédiée à saint Jean le Précurseur et quelques cellules. En 1825, le père Moïse fut nommé supérieur d'Optino, charge qu’il occupera pendant trente-sept ans. Il rebâtira entièrement le monastère, y accueillera les grands startsy Léonide et Macaire, et instaurera la tradition du Starchestvo (la guidance spirituelle).

Le départ pour le Ciel 

Saint Moïse d’Optino s'est éteint paisiblement le 16 juin 1862. Le miracle de sa vie fut la renaissance d'Optino elle-même, passée d'un lieu en ruine à un centre mondial de la spiritualité orthodoxe. Son parcours nous rappelle que le véritable trésor ne se trouve pas dans les réalisations extérieures, mais sous l'Autel d'un cœur purifié par l'humilité et la prière.

 

Source de la biographie :

https://www.optina.ru/starets/moisey_life_full/

P.S. : Alexis Khomyakov, que nous venons de mentionner, a écrit son essai L'Église est Une sous l'influence directe du monastère d'Optino.

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