Saint Jovan-Vladimir : martyr et symbole d’unité de la foi dans les Balkans
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L’histoire du saint
Né à la fin du Xe siècle dans l’actuel Monténégro, Jovan-Vladimir a succédé à son père en tant que souverain de la Dioclée (région correspondant au Monténégro actuel, au nord-est de l’Herzégovine et à une partie mineure du nord de l’Albanie actuelle). Prince pieux, bon et juste, il manifesta ces vertus dès son enfance. Il instruisit le peuple dans la foi orthodoxe, permit la conversion d’hérétiques, se montra miséricordieux envers les nécessiteux et fit édifier des églises, des monastères ainsi que des hôpitaux.
La Dioclée se trouvait aux confins de l’Empire Bulgare, en guerre contre l’Empire Romain d'Orient. En 997, le tsar Samuel Ier de Bulgarie attaqua la Dioclée et c’est au cours d’une bataille que Jovan-Vladimir réalisa le premier miracle qui lui est attribué. Il est en effet rapporté dans la Chronique du prêtre de Dioclée que, retranché avec son armée sur la colline de Kosorog infestée de serpents, Jovan-Vladimir a prié Dieu pour la protection de ses hommes. Ses prières furent entendues et les morsures des serpents cessèrent d’être venimeuses et ne se produisirent plus.
Ne pouvant néanmoins résister durablement, le prince se rendit pour sauver la vie de ses soldats et fut fait prisonnier. Durant sa captivité, le prince ne cessa de prier Dieu. Un ange lui apparut et lui annonça qu’il serait délivré, qu’il mourrait en martyr et recevrait la couronne immortelle de la vie éternelle.
Alors que Jovan-Vladimir était prisonnier, Théodora Kosara, fille du tsar Samuel, tomba amoureuse du prince. Elle fut subjuguée par sa bonté, sa sagesse, sa modestie et sa connaissance des choses saintes. En raison des supplications de sa fille, le tsar accepta de la lui donner en mariage. Cette union permit également au tsar de consolider la suzeraineté du royaume de Dioclée. C’est ainsi qu’il décida de lui accorder un territoire supplémentaire s’étendant jusqu'à la ville de Dyrrachium (Durrës dans l’actuelle Albanie).
En 1014, le tsar Samuel mourut et son fils Gabriel-Radomir monta sur le trône. Toutefois, ce règne ne fut pas de longue durée. Le cousin germain du nouveau tsar, Jovan-Vladislav, animé par une soif de pouvoir, fit assassiner le tsar en 1015 et s’empara du trône.
Le martyr de saint Jovan-Vladimir
Voyant en Jovan-Vladimir en rival dangereux, le tsar Jovan-Vladislav tenta d’abord de l’attirer par la ruse en prétextant la conclusion d’un accord. Il lui envoya une croix d’or et promit de ne pas lui faire du mal si Jovan-Vladimir lui rendait visite à Prespa (ville au coeur des lacs du même nom, partagés aujourd'hui par l’Albanie, la Grèce et la Macédoine du Nord).
Jovan-Vladimir, souverain pieux, recherchant la paix et l’unité orthodoxe dans les Balkans, lui répondit : « Nous croyons que notre Seigneur Jésus-Christ, qui est mort pour nous, fut crucifié non pas sur une croix d’or ou d’argent, mais de bois ; par conséquent, si ta foi et tes paroles sont pures, envoie-moi une croix de bois dans les mains de religieux, dans la foi et la vertu de notre Seigneur Jésus-Christ, j'aurai confiance en la croix vivifiante et dans ce bois précieux, et alors je viendrai ».
Le tsar envoya alors une croix de bois. Jovan-Vladimir se rendit à Prespa avec des fidèles et la croix, priant Dieu tout le long du chemin. Une fois à Prespa, il visita une église pour prier et se confesser avant de rencontrer le tsar.
A son arrivée, le tsar frappa Jovan-Vladimir sans parvenir à lui faire du mal. Mais ce dernier, ne craignant pas de renoncer à la gloire terrestre pour le Royaume des Cieux, lui tendit son épée en disant : « Prends-la et tue-moi, je suis prêt à mourir comme Isaac et Abel ».
C’est ainsi que, le 22 mai 1016, le saint martyr fut décapité. Selon la tradition hagiographique, il prit alors sa tête, retourna à l’église où il s’était rendu avant sa visite, descendit de cheval et dit : « Entre Tes mains, Seigneur, je remets mon esprit ».
Immédiatement après sa mort, le corps du saint martyr permit de nombreuses guérisons pour ceux qui priaient et se rendaient sur sa tombe. Des témoignages rapportèrent également la présence d’une lumière divine sur celle-ci.
Voulant se débarrasser d’un tel témoignage de ses actes, le tsar Jovan-Vladislav permit à Théodora Kosara de récupérer le corps de saint Jovan-Vladimir. Elle le ramena dans sa terre d’origine, où il fut déposé avec sa croix au sein de l’église de la Très-Sainte et Très-Pure Mère de Dieu.
Dès cette époque, le peuple se rassemblait chaque 22 mai pour honorer sa mémoire et prier pour son intercession, des miracles continuant de se produire. Sa croix se trouve toujours dans la région, conservée au sein de la famille Androvitch.
P.S. : auteure de cet article est Kristiana Tollumi
P.P.S. : vous pouvez trouvez ici d'autres vies de saints
En 1215, les reliques de saint Jovan-Vladimir ont été déplacées à Dyrrachium (Durrës).
En 1381, elles furent transférées dans le village de Shijon (qui tire son nom de la contraction de Shën Gjon, soit Saint Jean ou Saint Jovan), près d’Elbasan, dans l’actuelle Albanie, par le prince Karl Thopia. Il fit entièrement rénover une église orthodoxe en ruine qui avait été construite par le tsar Samuel.
Au XXème siècle, la dictature communiste en Albanie extermina les prêtres orthodoxes (seulement 22 survivants sur 440 attestés par l’église orthodoxe autocéphale d’Albanie) et entraîna la quasi destruction du monastère. En conséquence, les reliques de saint Jovan-Vladimir furent transférées dans la cathédrale de Tirana en 1995 et elles ne retournent dans l’église de Shijon qu’à l’occasion de la fête du saint, le 22 mai selon le calendrier ecclésiastique, soit le 4 juin selon le calendrier civil.
Le culte de saint Jovan-Vladimir
Reconnu saint dès sa mort, il fallut attendre 1861 pour que saint Jovan-Vladimir soit intégré dans le Srblyak, le recueil des saint serbes, en tant que premier saint serbe, par le métropolite Michel de Belgrade.
Aujourd'hui, deux pèlerinages importants ont lieu chaque année en l’honneur de saint Jovan-Vladimir. L’un au Monténégro avec sa croix, l’autre en Albanie avec ses reliques.
Au Monténégro, dans le village de Veliki Mikoulitchi, près de la ville de Bar, se tient le jour de la Pentecôte à minuit un office en l’honneur de saint Jovan-Vladimir à l’église Saint Nicolas. Une fois l’office terminé, débute une procession avec la croix de saint Jovan-Vladimir jusqu'au mont Roumiya, qui surplombe magnifiquement la mer Adriatique, et sur lequel a été construite une petite église en l’honneur du Saint (durant son règne, le saint y avait érigé une église qui fut ultérieurement détruite par les ottomans). Les pèlerins se rendent ensuite à l’église Saint Nicolas, où ils réalisent un tour de l’église. A la fin de la procession, une fête populaire se tient à Veliki Mikoulitchi.
En Albanie, au sein du monastère de Shijon, se réunissent des Albanais, des Monténégrins, des Serbes, et parfois d’autres nationalités, pour honorer la mémoire de Saint Jovan Vladimir. Le 3 juin au soir est célébré un office, suivi d’une liturgie à compter de minuit. Une autre liturgie se tient le 4 juin au matin, laquelle se clôture par une procession autour de l’église du monastère en présence des reliques du saint. L’évènement réunissant principalement des albanophones et des serbophones - y compris parmi le clergé présent - les offices sont réalisés dans les deux langues, renouvelant le symbole d’unité de la foi porté par Saint Jovan Vladimir.
Il est à noté que divers miracles sont rapportés par les prêtres, habitants et pèlerins.
D'abord, l’église de Saint Jovan-Vladimir a été brûlée à deux reprises (par les nazis puis par les communistes), les reliques seules étant demeurées intactes.
Récemment, un feu s’étant déclaré à l’extérieur de l’église pendant la fête, un nuage apparut soudainement et fit pleuvoir, éteignant immédiatement l’incendie.
Plus largement, de nombreux pèlerins rapportent des cas de guérisons miraculeuses par l’intercession du saint.
Ainsi, des personnes de tous âges et de différentes régions et nationalités se rassemblent
annuellement pour une cause commune : la célébration de la mémoire de saint Jovan-Vladimir.
Malgré l’islamisation forcée ou achetée des populations balkaniques, et plus encore de l’Albanie, la foi orthodoxe continue d’être célébrée et porte l’espérance. Plus de mille ans après sa mort, saint Jovan-Vladimir accomplit toujours sa mission divine : rassembler les orthodoxes des Balkans.
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Tropaire de saint Jovan-Vladimir
La croix lumineuse qui t'est apparue du ciel, tu l'as prêchée à tous, illuminant clairement les peuples, glorieux Vladimir, par l'effusion de ton sang tu t'es paré, tu as été jugé digne des honneurs incorruptibles, te tenant devant la Sainte Trinité ; c'est pourquoi, avec hardiesse, intercède pour nous auprès du Christ notre Dieu.
Kondakion de saint Jovan-Vladimir
Comme un trésor précieux, et une source qui coule sur la terre et donne la santé, nous a été donné ton corps sacré, qui dispense la guérison de diverses maladies, et la grâce divine à tous ceux qui l'approchent avec foi. C'est pourquoi nous nous écrions dans la joie : Réjouis-toi, Jovan-Vladimir, glorieux martyr.