Echelle Sainte de saint Jean Climaque

Lutter contre les passions

Du point de vue de l’Église Orthodoxe, “lutter contre les passions” (les passions au sens spirituel : colères, convoitises, avidité, orgueil, etc.) ne consiste pas seulement à “se retenir”, mais à purifier le cœur pour que l’homme revienne à sa vocation : l’amour de Dieu et du prochain.
La Tradition Orthodoxe parle souvent de 2 grands axes : l’ascèse et la prière, pour obtenir la guérison intérieure.

Un des livres de référence pour lutter contre les passions est L'ÉCHELLE SAINTE de saint Jean Climaque.

Comprendre la logique orthodoxe : la passion est
un mauvais usage de facultés de l'âme

Dans la pensée patristique, les “facultés” de l’âme (désir, colère, raison) sont créées bonnes, mais elles se dérèglent quand elles se tournent vers ce qui éloigne de Dieu. La lutte consiste donc à :

  • désamorcer l’adhésion volontaire au mouvement passionnel,
  • réorienter le désir et la colère vers le bien (zèle pour le bien, combat contre le péché, colère contre des esprits mauvais),
  • assainir l’intention.

Un principe clé est : la passion devient maladie quand la volonté “consent”, nourrit, et justifie.

Le premier combat : la vigilance (ne pas nourrir l’illusion)

Les saints insistent sur la vigilance du cœur : repérer la naissance du mouvement passionnel dès ses premiers signes (pensée, émotion, justification).

  • On ne combat pas seulement “l’acte” mais la racine : les pesées et leurs prétextes.
  • En pratique, cela ressemble à : remarquer “voilà que je m’échauffe / que je convoite / que je me juge / que je m’indigne…”, puis refuser d’entretenir.

Les Pères conseillent souvent la sobriété intérieure : “couper” ce qui nourrit l’imagination passionnelle (ruminations, fantasmes, discussions qui enveniment, lectures/films/scènes/situations qui excitent).

L’ascèse : jeûne, sobriété, mesure
(pas pour se “punir”, mais pour libérer l’âme)

L’ascèse orthodoxe vise à rendre l’homme libre :

  • jeûne (selon la bénédiction de son père spirituel),
  • mesure dans la nourriture, le sommeil, les plaisirs,
  • combat contre les “excès” qui rendent l’âme plus réactive.

La logique est simple : quand le corps est livré aux excès, le cœur devient instable et les passions prennent plus facilement de la place.

La prière du repentir avant la prière du cœur

La prière n’est pas seulement “demander” : c’est changer l’orientation du cœur.

  • La tradition recommande la prière intérieure (souvent la prière de Jésus : “Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, fais-moi miséricorde, à moi - pécheur”).
  • On prie aussi avec une attention sobre : quand la passion monte, on ne discute pas intérieurement avec elle — on se tourne vers Dieu.

Les Pères relient la victoire à la prière avec repentance (et non au simple effort psychologique).

Les Sacrements : la guérison que l’ascèse prépare

Dans l’Orthodoxie, la lutte contre les passions n’est pas “seulement technique”.
Elle s’enracine dans une vie sacramentelle :

  • Confession (repentance réelle, lucidité sur ses fautes et ses mécanismes),
  • Sainte Communion (union au Christ, source de transformation).

Sans cette dimension, l’ascèse peut devenir dure ou stérile. Avec elle, elle devient remède.

La lutte invisible : patience, métanoïa, humilité, pardon

Beaucoup de passions sont aggravées par leur “environnement” : orgueil, sentiment d’avoir raison, rancune.

  • L’orthodoxie insiste sur l’humilité : ne pas se justifier spirituellement ; ne pas juger, ne pas condamner son prochain.
  • Sur le pardon : couper le désir de vengeance, même si l’émotion persiste au début.
  • Sur la patience : la guérison est progressive; les rechutes existent dans la vie spirituelle.

Un guide indispensable : père spirituel et règle de vie

Pour éviter les dérives (désespoir, scrupulosité, orgueil “moral”), l’Église recommande fortement :

  • une règle de vie adaptée,
  • une direction par un père spirituel,
  • l’obéissance spirituelle (au sens : écouter et ajuster).

3 gestes simples quand la passion monte

  1. Reconnaître (vigilance et sobriété) : “voilà le mouvement passionnel”.
  2. Ne pas consentir : rejetter la mauvaise pensé, refuser la justification, arrêter la rumination.
  3. Se tourner vers Dieu : prière brève (prière de Jésus) + acte de contrition et repentir tout de suite.

Ce n’est pas toujours instantané, mais avec la patience, c’est précisément la manière de perdre à la passion son pouvoir.


Un cas spécifique : la passion de fornication 

Par exemple, la passion qui assaille le plus souvent les jeunes gens, c'est la passion de fornication. Voici comment lutter :

Dans la Tradition Orthodoxe, la fornication n’est pas seulement “un acte à éviter”, c’est un mouvement du désir qui prend force quand il est nourri (images, fantasmes, solitude sans discernement, justification intérieure). La lutte la plus efficace est donc une combinaison de vigilance + coupure des causes + prière + repentir concret.

Attraper la passion à son premier mouvement (vigilance)

Dès que tu sens “ça monte”, ne cherche pas à raisonner longtemps avec l’idée. Les Pères conseillent plutôt :

  • Nommer : “Voici la tentation.”
  • Ne pas dialoguer et ne pas négocier” intérieurement.
  • Couper : changer d’activité/lieu immédiatement (même pendant 30 secondes : se lever, sortir, ouvrir une fenêtre, commencer une autre tâche).

Souvent, la passion gagne parce qu’on lui laisse le temps de se développer en images et en scénarios.

Couper les “combustibles” et les "accroches" (triggers)

Fais un tri net de ce qui nourrit la tentation chez toi. Exemples fréquents :

  • pornographie (même “petit”, me “par accident”),
  • réseaux sociaux / recommandations / contenus sexualisés,
  • moments de solitude prolongée + écran de distraction en soirée,
  • manque de sommeil, alcool, faim, stress non géré.

Mesure pratique : mettre des barrières techniques et des règles simples, pas seulement “se dire non”.

  • supprimer / bloquer les sources,
  • retirer les comptes qui te tirent vers le feu de la passion,
  • définir une règle d’écran (par ex. : pas dans le lit, surtout le soir),
  • si ça arrive : procédure immédiate “zéro-fantaisie” (se déconnecter, sortir, prier 1 minute, penser à la mort, puis reprendre une activité concrète, dans la vraie vie - ranger sa chambre, etc...).

Ordonner le désir : prière de Jésus + intention

Quand la tentation vient, la prière n’est pas “pour réussir à ne pas avoir envie”, mais pour tourner le cœur.

  • Demander l'aide à Dieu, en répétant sans grand discours : “Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, fais-moi miséricorde”.
  • En même temps : une décision intérieure simple : “Je ne consens pas.”
  • Si la passion est très vive : fais la prière courte, concentrée et répétée, plutôt qu’une prière “longue” qui devient vite inefficace ; pense à la mort à au Jugement après la mort !

Ascèse adaptée (manger/dormir/veille) pas pour se punir

Souvent, la fornication est amplifiée par :

  • excès alimentaires,
  • sommeil irrégulier,
  • veilles et ennui,
  • manque d’exercices corporels.

Une ascèse “intelligente” aide :

  • sobriété (surtout le soir),
  • sommeil régulier,
  • mouvement (marche, exercice physique, sport simple) quand la tentation monte,
  • si tu peux : jeûner plus que l'ordo indique, avec une bénédiction (ton père spirituel / confesseur), car une ascèse mal dosée peut mener au découragement.

Combattre la racine : contrition réelle et confession

Dans l’Orthodoxie, on ne se contente pas de “se retenir”, on se guérit par la repentance.

  • Si tu as chuté : confession (avec clarté, sans excuses, sans minimiser).
  • L’objectif est de comprendre : “Qu’est-ce qui a préparé le terrain ?” (fatigue ? écran ? solitude ? stress ?).
  • Puis tu fais une correction concrète pour la prochaine fois.

Même quand tu as l’impression d’échouer, la confession répétée avec une vraie direction (et des actions concrètes) est une arme spirituelle puissante.

Remplacer plutôt que seulement supprimer (faire de la place au bien)

Une tentation sexuelle se nourrit du vide et de l’imagination. Ajoute donc des “contraires” :

  • prière (même courte) à heures fixes,
  • lecture spirituelle (par ex. saints, évangile),
  • service concret (même petit) & charité,
  • travail, étude, activité qui occupe le cœur.

Ce qui marche souvent : une stratégie “plan d’attaque” en 1 minute

Quand la tentation monte :

  1. Change de lieu / activité (immédiat).
  2. Coupe l’entrée de la tentation (écran, objet, contenu).
  3. Prière brève : 30–60 secondes de “Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi…”
  4. Action physique simple : douche froide, marche rapide, 20 flexions/respiration, peu importe — le but est de casser la boucle.
  5. Si ça revient : recommencer, sans se juger pour le fait d’être tenté.

Demander une direction spirituelle

La lutte contre cette passion est souvent longue et cyclique. Un père spirituel/confesseur peut ajuster :

  • la prière,
  • l’ascèse,
  • la fréquence de confession,
  • et surtout la stratégie contre tes déclencheurs exacts.


Conclusion

Il ne faut pas négliger notre salut ; et s'il nous arrive la négligence, il ne faut pas désespérer.

Mais avec stabilité et constance, patiemment demeurer dans la Foi et le repentir - afin de convertir notre cœur vers la pratique des commandements évangéliques.

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