Vignoble de l'âme

Le vignoble de l'âme et la moisson spirituelle

Par l'Évêque Paul de Nikea (dimanche, le 30 août 2026)

L'Évangile d'aujourd'hui, en ce dimanche, nous invite à réfléchir. Le Christ nous y présente une parabole [Mt 21:33-42] qui est en même temps une prophétie sur ce qui allait Lui arriver. C'est Lui-même qui a remis la vigne entre les mains des vignerons, et ce sont eux qui L'ont jeté hors de la vigne et L'ont tué. L'Évangile nous parle d'un maître de maison (oikodespotes) ; le texte n'utilise pas le mot « propriétaire » (idioktitis), mais « maître / despote » (despotis), c'est-à-dire le maître souverain des royaumes, de la propriété et du domaine céleste.

Dans cette parabole, la vigne fait référence à deux interprétations.


Première interprétation :
Les vignerons de l'Ancien Testament


La première concerne la manière dont les vignerons — c'est-à-dire les pharisiens, les anciens et les grands prêtres de l'Ancien Testament — l'ont comprise. Dieu avait remis la vigne entre les mains de ces vignerons. Mais ces derniers n'ont pas compris le but ni la raison pour lesquels Dieu la leur avait confiée. Et l'Évangile nous dit qu'Il envoya, le moment venu, des serviteurs vers ces vignerons pour recueillir et recevoir ses fruits.

Le temps de la récolte appartenait au propriétaire, au maître de maison. Cela fait référence à toute l'histoire de l'Ancien Testament, lorsque des prophètes et des enseignants étaient envoyés, et qu'ils les tuaient de toutes sortes de manières ; toute l'histoire de l'Ancien Testament montre combien les prophètes du Christ ont souffert. Ensuite, Il a envoyé Son propre Fils, qui est Jésus-Christ. Le maître de maison est le Père, et le Fils envoyé en dernier est le Christ.

Cependant, au fil du temps, les vignerons — c'est-à-dire les pharisiens, les anciens et les grands prêtres de l'Ancien Testament — L'ont tué. C'est là toute l'histoire de la Passion du Christ. Ils L'ont d'abord jeté hors de la ville de Jérusalem. Comme nous le savons tous, l'actuelle église de la Résurrection se trouvait alors à l'extérieur de la ville, sur un terrain que Joseph d'Arimathie avait conservé et qu'il a cédé pour que le Christ y soit enseveli.

C'est la première interprétation, que ces vignerons n'ont pas comprise : pourquoi le Seigneur, qui veille sur eux, leur a confié la vigne. Il leur a confié la vigne pour leur demander des comptes et des fruits. Le premier de ces fruits était d'accueillir le Messie, et le fruit attendu était aussi l'amour envers la vigne, envers le propriétaire et maître, envers le Christ.

Seconde interprétation :
La Sainte Écriture et la vie de l'Église


La seconde interprétation, comme le dit saint Jean Chrysostome, concerne la Sainte Écriture. Dieu nous a donné cette vigne qui s'appelle la Sainte Écriture. À l'époque, c'était l'Ancien Testament ; aujourd'hui, nous avons le Nouveau Testament. Il y a installé le pressoir, qui fait référence à notre élévation au-dessus de l'Évangile, et Il a bâti une tour et une clôture, qui représentent l'Église (qui possède une tour). Cela signifie que nous devons nous élever vers les sens profonds et élevés de la Sainte Écriture pour porter des fruits. C'est la seule manière pour l'homme de porter des fruits à partir de l'Écriture Sainte, et pas seulement en la lisant.

Malheureusement, aujourd'hui, elle n'est pas lue. Comment pourrions-nous alors la creuser, l'approfondir et nous élever vers les hauts enseignements de l'Évangile ? C'est pourtant le seul moyen de porter des fruits. Et dans la première interprétation, le point central de tout cela est le fruit, indépendamment du fait que nous ayons d'abord tué les prophètes et le Fils.

Mais à la fin de l'Évangile d'aujourd'hui, il nous est dit ce que fera le maître de maison. Il ne nous parle pas seulement de Sa seconde venue (le Jugement dernier), mais aussi d'autre chose. Car jusqu'à un certain point, il s'agit de Sa première venue, c'est-à-dire de l'incarnation du Christ. En effet, Il a retiré la vigne aux anciens vignerons pour la confier aux Apôtres et aux évêques à travers la succession apostolique.

Cela s'est produit alors, mais Sa seconde venue nous concerne tous. Car l'Évangile prendra fin, et comme le dit l'apôtre Paul, les prophéties cesseront. Les prophéties de l'Ancien Testament ont trouvé leur accomplissement dans l'incarnation du Seigneur, mais il y a aussi des prophéties concernant la seconde venue du Christ, et celles-ci cesseront également. La foi elle-même cessera, car elle ne sera plus nécessaire, puisque vous verrez le Christ face à face. Tout sera accompli. Ce qui demeurera alors, c'est uniquement le fruit, que ce soit celui de l'Ancien ou du Nouveau Testament.

L'exigence des fruits et la réalité de l'amour


Le Maître remettra la vigne à d'autres vignerons qui Lui en rendront les fruits. Ce n'est pas parce que les pharisiens n'ont pas répondu à leurs obligations que Dieu a cessé de demander du fruit. Non, Il a simplement changé de vignerons et continue d'attendre du fruit, car c'est là le but de la vie.

Faites bien attention : nous ne sommes pas ici seulement pour « exister », pour porter le nom d'orthodoxes ou pour dire : « Nous, nous gardons véritablement la Tradition Orthodoxe, nous sommes dans la vérité ». Non ! Montre ton fruit, et c'est là que le Christ t'évaluera. Tu me diras : « J'ai été baptisé orthodoxe ». Non, Il veut voir le fruit de tes mains. Nous sommes ici, mes frères, pour acquérir des fruits, et non pour retenir le temps. Le temps ne nous appartient pas. Il ne nous appartient que si nous le transformons pour y produire des fruits. Qui d'entre nous serait assez insensé pour travailler sans attendre de fruit ? Qui d'entre nous cultiverait un jardin ou une vigne, creuserait et se fatiguerait sans espérer récolter des fruits ? On dirait alors que c'est une peine perdue, une fatigue inutile.

C'est la même chose dans la vie spirituelle. Pourquoi devrais-je me fatiguer, pourquoi devrais-je jeûner, pourquoi devrais-je aller à l'église alors que je pourrais dormir ou faire comme tout le monde ? Pourquoi est-ce que je viens ici, pourquoi est-ce que je perds mon temps et mon confort ?

Le fruit par excellence, c'est l'amour. C'est ce qu'Il nous demandera. Et cette idée que l'on entend parfois est insensée : chercher à aimer Dieu sans vouloir aimer son prochain. Vous avez entendu que le premier et grand commandement est d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son intention, de toute la force de son âme, et le second lui est semblable. Lorsque tu prétends aimer Dieu mais que tu n'aimes pas ton prochain devant le Christ, penses-tu que le Christ t'acceptera ? C'est Lui-même qui le dit : si tu t'apprêtes à présenter ton offrande à l'autel et que là tu te souviens que quelqu'un a quelque chose contre toi — non pas toi contre lui, mais lui contre toi — laisse là ton offrande devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec lui, et ensuite viens présenter ton offrande.

Ainsi, le Christ ne nous accepte pas de n'importe quelle manière. Il n'y a pas d'autres prétendus dieux ; le Dieu véritable ne t'accepte pas sans l'amour pour ton prochain. Car ton manque d'amour n'est rien d'autre que de l'orgueil. Et l'Écriture dit : « Dieu résiste aux orgueilleux » [Jacques 4:6 et 1 Pierre 5:5.]. Comprenez bien que si, d'une manière ou d'une autre, par cet orgueil superficiel, vous blessez ou attristez votre frère — que vous ayez tort ou raison —, cela ne passe pas. Si tu attristes ton frère, le Christ ne t'accepte pas, et tu as pour adversaire le Christ Lui-même.

Ce chemin est-il exigeant, est-il dur ? Oui, il est dur. C'est pourquoi l'apôtre Paul, dans ce que nous avons entendu aujourd'hui, s'est exprimé avec une grande fermeté, une parole très dure : « Si quelqu'un n'aime pas le Christ, qu'il soit anathème ! » [1 Corinthiens 16:22]. Que signifie ce mot « anathème » qui nous effraie ? « Ana » (en haut) et « tithemi » (poser/placer). « Anatithemi » signifie mettre de côté, consacrer ou exclure. Être anathème au Christ signifie donc être placé en dehors de l'Église. Il n'y a aucun sens à demeurer ici si l'on ne garde pas le Christ et son prochain.

Le fruit, la preuve de notre amour pour Jésus, est de respecter Ses commandements, et Son unique commandement est d'aimer ; il n'y en a pas d'autre. Et si tu offenses et attristes ton frère, comment espères-tu trouver la paix alors que Dieu se dresse contre toi ?

Le temps de la récolte : La mort et le scellement de l'âme


C'est ce fruit que nous devons offrir à Dieu, et Il nous le réclamera. Soyez-en sûrs, Il nous le demandera. Ce fruit est absolument indispensable. On ne peut pas se présenter devant le Christ sans lui. Mais cela viendra « en son temps ». Quel est ce temps ? C'est notre mort. Lorsque nous mourons, le monde se termine pour nous. Pour moi, la venue du Christ est alors immédiate, car je ne peux plus rien ajouter ni rien changer. Notre état spirituel est alors scellé. Que le Christ revienne dans mille ans - importe peu ; mon temps à moi est arrivé avec ma mort, et Il me demandera des comptes, Il me demandera Son fruit.

Il me demandera des fruits à moi qui avais la vigne — la Sainte Écriture — et qui ne l'ai pas travaillée, qui ne l'ai pas approfondie pour en saisir les sens élevés afin d'en tirer du fruit. Il nous la retirera, et Il le fait déjà. Que signifie-t-il lorsqu'il dit qu'Il nous la retire ? Nous voyons des divisions, des schismes. Mais comme nous l'avons déjà dit bien des fois, personne ne quitte cette Église sans raison. Personne ne s'égare ou ne tombe dans le schisme par hasard. Avant de partir, l'un ou l'autre est devenu une cellule morte. Oui, il est devenu une cellule morte, et le corps du Christ rejette la cellule morte, tout comme le fait un corps biologique.

Voyez ces médecins en Europe Occidentale qui établissent des lois disant que jusqu'à trois mois, l'embryon n'a pas de vie et qu'on peut l'avorter, affirmant qu'après trois mois seulement la vie commence. Cela revient à garder dans le corps de la femme quelque chose de mort. C'est contraire aux lois de la nature, car le corps ne retient rien de mort.

De la même manière, le corps du Christ ne conserve rien de mort. Prenez garde : vous devez porter du fruit, être des cellules vivantes, pour ne pas être rejetés du corps du Christ. C'est dur, mais c'est ainsi. Le Christ vient, et s'Il te trouve sans fruit, tu es comme desséché et tu es rejeté peu à peu du corps du Christ. Je le répète : personne ne s'éloigne de l'Église sans le consentement ou la permission du Christ. « Nul ne vient à Moi si le Père ne l'attire » [Jean 6:44].

Et sur quoi Dieu s'appuie-t-Il pour attirer un homme ? Sur sa disposition, sa bonne ou mauvaise disposition intérieure (la proairesis). Que signifie cette disposition profonde ? C'est une notion extrêmement profonde. C'est avec crainte et par tous les moyens que nous devons travailler la vigne de notre vie, c'est-à-dire la Sainte Écriture, pour en faire sortir des fruits.

Car on ne sait jamais... Es-tu prêt, t'es-tu préparé à te présenter devant le Propriétaire de la vigne ? Rien ne t'appartient, pas même toi-même, car le Christ nous a rachetés par Son sang. C'est ainsi que commence l'Épître. Nous tous qui avons été baptisés, nous ne nous appartenons plus. Nous avons été rachetés. Tu ne t'appartiens pas, tu ne peux pas faire ce que tu veux de ta vie. Tu es dans l'obligation de préparer les fruits. Faites attention, nous n'aurons pas d'excuses. Le Christ ne te demandera pas qui t'a offensé ou dérangé, Il te demandera pourquoi tu n'as pas porté de fruits. C'est cela, la question : « Tu as eu tout le temps de ta vie, toutes les conditions, l'Évangile t'a été lu, on t'a tout donné : pourquoi n'as-tu pas de fruits ? ».

Sinon, Il nous retirera la vigne pour la donner à d'autres. Dans ma petite expérience, je vois des gens qui sont nés dans l'Église, qui y ont passé toute leur vie, y compris des prêtres, des évêques... et d'autres qui ont vécu toute leur vie en dehors de l'Église et qui reviennent vers la fin. C'est un mystère. Cette année, une femme de 95 ans est venue à l'église, et une autre de 90 ans. C'est un mystère, car l'un est venu récolter le fruit et ne l'a pas trouvé. Mais est-il possible qu'un évêque ou un prêtre n'ait pas de fruits ? Oui, c'est possible, parce qu'il n'a jamais pris la peine de se demander : « Qu'attend-on de moi ? Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi est-ce que je porte la soutane ? Pourquoi m'a-t-on confié la vigne ? ».

Nous avons tendance à prendre les choses de manière trop personnelle, mais la vigne appartient au Christ. Quant à moi, suis-je responsable de quelque chose ? Oui, de prendre soin de vous, de célébrer la liturgie, de vous transmettre la parole, et de vous montrer l'exemple.

Mais vous aussi, vous avez une immense responsabilité. Si vous sortez de chez vous sans lutter pour vous élever à la hauteur de l'Évangile, vous perdez votre temps et vous ne portez pas de fruits. Je veille sur vous, mais si vous vous laissez emporter... c'est ainsi que l'homme est rejeté comme une cellule morte.

La théologie pratique : Le signe de la croix


Et je le répète : faisons correctement notre signe de croix. Le signe de croix a une signification dogmatique profonde. Lorsque nous joignons ces trois doigts (le pouce, l'index et le majeur), c'est très important de les aligner bien droit, à la même hauteur, car cela représente la Sainte Trinité où il n'y a aucune différence ni supériorité entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Et quand nous portons la main au front, puis en bas, cela signifie que le Christ, Dieu et homme, est descendu sur terre. Puis nous portons la main à droite et à gauche pour embrasser les deux côtés. Nous devons faire le geste en entier, jusqu'en bas, et non de manière superficielle ou abrégée. N'hésite pas à lever et déplacer ta main, sinon ton geste n'a pas de force et tu te moques de la croix.

C'est comme ceux qui déforment ou brisent le geste de la croix. Les francs-maçons eux-mêmes font un signe similaire, mais sous forme de triangle. Nous portons la croix aux yeux du monde, mais nous limitons sa force par notre incrédulité. Et Dieu permet cela, bien sûr, à cause de notre égarement. Ne faites pas ce geste à la hâte ; faites-le correctement, posément, de manière recueillie. C'est cela qui compte.

Annonces paroissiales


Cette semaine, nous aurons des offices le samedi et le dimanche. Si quelqu'un souhaite me parler, n'hésitez pas à m'appeler pour que nous puissions nous voir un peu. Le samedi soir, je serai ici. Si vous voulez que nous parlions de quelque chose, je vous attends.

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